retour accueil

 


 

SAINT NICOLAS

Rueil-Malmaison, décembre 2006 : Interview

- Grand Saint-Nicolas, on te fête tous les ans le 6 décembre, mais qui es-tu ? Dis-nous, viens-tu d’une légende ou as-tu vraiment existé ?

- J’ai vécu il y a très longtemps, vois-tu, alors c’est un peu les deux. Je suis né à Patare en Lycie, au milieu du 3e siècle. C’est aujourd’hui une province de la Turquie. Ce pays était occupé par les Romains de l’empereur Constantin, comme la Gaule. Le croiras-tu ? On affirme que le jour de ma naissance, je pouvais me tenir debout dans mon bain !

- Ce n’est tout de même pas pour cela que le peuple t’a élu évêque de Myre ?

- Non, bien sûr ! Mais ce que je peux te dire, c’est que j’ai lutté toute ma vie pour la nouvelle religion des Chrétiens, avec piété, et avec charité. On se souvient encore de quelques-unes de mes actions.

- Lesquelles ?

- J’ai distribué mon héritage aux malheureux ; j’ai sauvé trois innocents condamnés à mort ; j’ai nourri le peuple affamé : quelques sacs de blé pour calmer la famine et réensemencer les champs ; j’ai offert une dot à des filles pour qu’elles puissent se marier ; j’ai même obtenu de l’empereur qu’il baisse les impôts qui accablaient la ville de Myre !

affiche-selestat-ried

- Mais alors, Saint-Nicolas, tu faisais donc des miracles ?

- Oh ! Les miracles, on en a surtout parlé après ma mort, vers l’an 330. L’huile qui suintait de mon tombeau guérissait les malades ; des enfants, des prisonniers, des voyageurs qui m’appelaient au secours ont été sauvés ; une tempête qui menaçait des navigateurs en détresse s’est subitement calmée.

- Je comprends : c’est pourquoi tu es devenu le patron des marins !

- Le saint patron des marins en effet, mais pas seulement ! Je suis aussi le patron des fiancés, des meuniers, des marchands de vin, des apothicaires, des flotteurs de bois, des journalistes, des avocats… Je suis encore plus populaire mort que vivant.

- Pourquoi es-tu si connu en Alsace et en Lorraine, ce n’est pas ton pays ?

- C’est arrivé bien plus tard ; je te raconte. Au moment des Croisades, les Turcs détruisent la ville de Myre ; des soldats italiens ouvrent mon tombeau et emportent mes restes à Bari, une ville de leur pays ; là, vers l’an 1100, on érige une grande église pour conserver ces ossements ; la construction durera 100 ans. Les pèlerins commencent à venir de toute l’Europe. Un chevalier lorrain - Auber de Varangéville - qui avait entendu parler de ces événements se trouve ces années-là à Bari. Grâce à des complicités, il réussit à se procurer un petit os de mon doigt et il rapporte cette phalange à Port, son village natal en Lorraine, près de Nancy. Cette localité, aujourd’hui Saint-Nicolas-de-Port, est célèbre pour la grande église gothique qui abrite cette relique.

- Je devine la suite : cette relique a continué à faire des miracles.

- Oui, vraiment. Les gens accourent de la Moselle, de l’Alsace, de l’Europe du nord puis de l’Allemagne, certains pour me remercier ou m’implorer, tous pour me vénérer. Sais-tu qu’un duc de Lorraine s’est appelé Nicolas et que ce prénom s’est répandu ? On dit que c’est grâce à mon pouvoir surnaturel, que l’armée du duc de Lorraine René II a battu et abattu le duc de Bourgogne Charles le Téméraire qui menaçait ses terres ? C’était en 1477, près de Nancy. Depuis, les ducs de Lorraine m’ont adopté : je suis devenu le protecteur de leurs duchés, le patron de la Lorraine en quelque sorte. On m’a consacré des églises, des statues, des vitraux, des gravures et de riches œuvres d’art, jusque dans les pays orthodoxes.

- Une chanson dit que tu es aussi le patron des écoliers.

Oui, les enfants me font la fête dans le nord-est de la France, mais aussi ailleurs, en Belgique, en Hollande, en Suisse, en Italie, en Allemagne…

-Tu es célèbre en Europe, Saint-Nicolas. Et en Amérique ?

- Là-bas, c’est différent. Il y a une centaine d’années, les Américains ont emprunté mon image pour illustrer des livres d’enfants ; ils m’ont habillé d’un manteau et d’un bonnet rouges bordés de fourrure blanche ; ils ont traduit mon nom et nommé Santa-Claus le personnage ainsi déguisé ! Et ce n’est pas tout : en 1931 - je m’en souviens - on s’est servi de ce Santa-Claus pour faire vendre le Coca-Cola ! Cette publicité a fait de moi le père… du Père Noël, et ce bonhomme est maintenant bien plus connu que moi, mais il est tout à fait imaginaire : lui, il n’a jamais vécu sur terre !

- Tu as l’air de regretter cette popularité ?

- Oh oui ! Je ne suis vraiment pas fier de cette aventure américaine et de cette gloire commerciale. Mais je vais te faire une confidence : je suis par contre très heureux de voir que mes idées, pourtant vieilles de dix-huit siècles, ne sont pas oubliées aujourd’hui : protéger les enfants, respecter la femme, lutter contre la corruption, rechercher la solidarité, établir une justice sociale, tolérer toutes les religions. C’est tout de même réconfortant, même si les progrès ne sont pas aussi rapides que je le pensais jadis !


La fête de Saint Nicolas - toujours en décembre mais rarement le 6! - reste une journée symbolique : c'est en cette circonstance que l'Amicale a invité pour la première fois ses membres à une fête, le 6 décembre 1982, quelques jours seulement après sa constitution officielle.

Depuis, marionnettiste, clown ou magicien sont là, pour les enfants ou petits-enfants, en attendant l'arrivée du Saint Patron, qui fait toujours une escale exceptionnelle à Rueil, rarement accompagné du Père Fouettard ou de Hans Trapp.

L'après-midi se termine par un goûter convivial : un buffet garni de 'bouteilles apportées par les messieurs et des gâteaux confectionnés par les dames' selon la formule rituelle rappelée sur chaque invitation.

retour accueil